233 – Le roi qui a trahi ?

Le Roi qui a trahi.

Martin Allen

Il ne fait aucun doute qu’Edouard VIII ait été un agent nazi. Un rapport très complet du FBI résultant d’une demande spécifique du président Roosevelt, mis en garde par Winston Churchill ami d’Edouard VIII contraint de faire face à une réalité déplaisante.

        En 1917, en raison de la première guerre mondiale initiée par l’Allemagne, la famille royale d’Angleterre changea son nom de Saxe-Cobourg-Gotha en Windsor, ce qui dissimulait mieux les liens familiaux de la famille royale avec l’Allemagne.

Edouard VIII est né Saxe-Cobourg-Gotha comme Lord Mountbatten est né Battenberg. Mais, cela ne suffit pas à faire un traitre…

En 1936, Stewart Menzies, officier supérieur du MI6 sous Lord Sinclair, avait une propriété à Luckington. Il remarqua un jour que la vénérable Guilsborough House à Luckington Manor avait été louée par un letton Allemand, le Baron Robert Treeck, accompagné par sa maîtresse chilienne répondant au romanesque nom de « Baroness Violetta de Schroeders ». Un coup d’oeil aux fichiers du SIS montrèrent à Menzies que son nouveau voisin était un agent de l’Abwehr de Canaris, qui avait probablement considéré les territoires de chasse de Beaufort Hunt comme propice à des contacts de haut niveau. Le Prince de Galles (Edward Windsor), qui visita Beaufort Hunt a plusieurs reprises présentait probablement un intérêt pour Treeck. Edouard exprima d’ailleurs en public à cette époque « Every drop of blood that courses through my veins is German » [chaque goutte de sang qui court dans mes veines est allemande].

 Ses manifestations pro-allemandes et pro-hitlériennes devinrent progressivement une source d’embarras pour le gouvernement Baldwin.

Le premier ministre Britannique, Stanley Baldwin et plusieurs de ses ministres étaient même pudiquement convaincus par des rapports du MI5 [service anglais de contre-espionnage] que Wallis Simpson était une espionne allemande qui passait des informations aux allemands en pleine connaissance du futur Edouard VIII. Il semble (de façon très documentée) que les fondements de toute cette histoire aient trouvé leur source dans une assez sordide histoire de domination sexuelle assez perverse exercée par Wallis Simpson.

Après le couronnement d’Edouard VIII le gouvernement fut de plus informé que Wallis Simpson avait d’autres relations sexuelles. Il faisait un peu désordre que la maîtresse officielle du roi dont il ne cachait pas le désir d’en faire sa femme, enterre sa vie de vieille fille (divorcée deux fois) avec un homme marié, le vendeur et mécanicien Guy Trundle et d’un autre homme en même temps Edward Fitzgerald. Mais pour les Britanniques, le fait que la future mariée ait une liaison avec l’envoyé spécial d’Hitler ne les faisait pas rire (nous n’avons jamais eu le même sens de l’humour que nos amis Britanniques).

Les officiers du FBI confirmèrent en 1941 les rapports du MI5 que la couronne d’Angleterre avait fait enterrer et ils ont été déclassifiés en 2000, selon lesquels von Ribbentrop avait été en 1936 l’amant de la future duchesse, lui envoyant quotidiennement 17 oeillets pour lui rappeler le nombre de fois où il l’avait honorée (« Grosse Finesse »).

Lorsqu’Edouard fut devenu roi, Hitler délégua Charles, Duc de Coburg et prince de Hesse, à Londres comme émissaire. Coburg, un des petits-enfants de la reine Victoria, était retourné en Allemagne pour récupérer le duché d’Albert (le mari de la reine Victoria). Pendant la 1ere guerre mondiale, il s’était battu du côté allemand et se trouvait être maintenant un nazi ardent. Il était également très proche d’Edouard. Lorsqu’ Hitler réoccupa la région Rhénane (1936), il semblerait (douce litote toute Britannique pour désigner les preuves du MI5) qu’il ait été informé de ce que l’Angleterre se contenterait de protester sans agir et que le roi en avait informé Cobourg.

L’Archevêque de Canterbury avait fait savoir très clairement qu’il était opposé au mariage. Le MI5 avait déjà intercepté des correspondances entre le Duc de Windsor et son cousin germanique, le Prince de Hesse et le Prince de Coburg Saxe-Gotha fournissant la preuve accablante de son intention de faire revirer les alliances, trahissant ainsi la Grande Bretagne. Pendant ce temps la duchesse continuait de transmettre des informations à Ribbentrop au vu et au su du MI5 trop content de trouver là de quoi faire renoncer Edouard à ses projets de mariage avec elle.

C’en était trop pour le gouvernement Britannique qui contraint le roi à abdiquer (malgré le soutien de Churchill à l’époque) en lui laissant sauver la face avec une belle histoire d’Amour bien romantique qui fit pleurer dans les chaumières; le roi avait renoncé à sa couronne parce qu’on ne voulait pas le laisser épouser l’amour de sa vie sous prétexte qu’elle était divorcée (bientôt deux fois).

Le Duc de Windsor quitta alors l’Angleterre pour l’Autriche récemment annexée par l’Allemagne où il était l’invité d’un milliardaire français (marié à une américaine) Charles Bedaux. Lorsque Wallis eut enfin obtenu les papiers de son deuxième divorce, ils se marièrent en France au château de Candé, une des propriétés de Charles Bedaux, avant de partir pour un voyage de noce en Autriche et en Hongrie dans diverses maisons de … Charles Bedaux. Bedaux avait publié un modèle économique de séparation des tâches dans les entreprises (qui aujourd’hui fait un peu dresser les cheveux sur la tête) qu’il promouvait en Europe après avoir fait fortune grâce à lui aux USA.

C’est Charles Bedaux qui organisera le voyage du couple en Allemagne et la visite à Hitler qui fut ébloui par la personnalité de Wallis Simpson qui n’était pas une femme spécialement belle, ni particulièrement intelligente (peut-être lui rappelait-elle certaines choses de sa nièce Geli Raubal)

Edouard Windsor avait été nommé liaison entre l’armée Britannique et l’armée française. Au moment de l’invasion allemande laissant sa femme à son travail d’espionnage le long de la côte atlantique et à ses rapports quotidiens à Von Ribbentrop, Edouard alla empaqueter leurs affaires à Paris et ils se rendirent ensemble de Biarritz à Antibes. Puis Edouard déserta purement et simplement et se rendit en Espagne avec sa maisonnée.

Après être resté en Espagne quelques temps, il passa au Portugal et Von Ribbentrop conclut un plan avec Hitler pour ramener le duc en Espagne (de gré ou de force) et envoya Walter Schellenberg qui n’était pas encore chef des services secrets, pour négocier avec le duc pour le convaincre que l’Allemagne le remettrait sur le trône d’une Angleterre vaincue.,

Soufflant le chaud et le froid sur son pusillanime ami, Churchill menaça le duc de le faire passer en cour martiale pour désertion sur le champ de bataille s’il n’acceptait pas un poste proposé aux Bahamas. Après avoir beaucoup tergiversé et lutté pied à pied, Edouard céda et Schellenberg revint bredouille de sa mission impossible.

Le MI6 a publié bien après la guerre les rapports d’espionnage d’Edouard VIII sur la Ligne Maginot en expliquant que c’était un agent particulièrement doué. Il convient de souligner qu’un de ces rapports porte sur le point, dans les Ardennes, où Von Manstein a passé la Ligne Maginot pour couper l’arrière des lignes Franco-Anglaises provoquant ou jouant un rôle important dans la débâcle de 1940. Lorsque Churchill devenu Premier Ministre voulut savoir des choses sur la Ligne Maginot, il ne se fit pas communiquer les rapports secrets d’Edouard Windsor, mais il demanda aux français qui furent heureux de lui fournir toutes les informations demandées et de l’inviter à visiter, ce que fit Churchill (il n’y avait donc aucune raison pour l’Angleterre d’espionner les français et la rationalisation d’après-guerre disparaitra bien vite). Ces rapports secrets d’Edouard avaient été récupérés en Allemagne à la demande de George VI (son frère et successeur au trône) par … Anthony Blunt. Ce dernier avait été envoyé en compagnie de Owen Morsehead au château de Friedrichshof, la résidence principale des Landgraves de Hesse, près de Francfort.

Lorsque le rapport du FBI de 1941 fut publié cela créa un certain choc et puis les mémoires s’estompèrent pour ne pas voir une réaliste qui les gênait et dont les relents sexuels étaient vraiment peu glorieux.

En clair: c’était bien un espion. Anthony Blunt qui avait copie des preuves, lorsque Margareth Thatcher le dénonça comme espion soviétique perdit certes son lordship mais finit tranquillement sa vie à Londres en écrivant ses mémoires d’espion. Walter Schellenberg chef des services secrets allemands qui détenait les mêmes preuves et d’autres fut hébergé par l’Angleterre comme témoin jusqu’à son procès et, après sa condamnation pour crimes de guerre, hospitalisé pour maladie (réelle) avant d’être libéré pour raison de santé … à la demande des Britanniques.

 

Édouard VIII n’a jamais trahi.

François Kersaudy

Le rapport du FBI présentant Édouard VIII comme une menace nazie pour son pays est-il crédible ?

            Le duc de Windsor n’a jamais trahi qui que ce fût ! Les documents du FBI sont bourrés de bêtises. Ce service fédéral s’occupait de sécurité intérieure, n’avait aucun agent en Europe. Il marchait sur des rumeurs, ne distinguait pas même la France de la Belgique. On est dans de la fiction !

Le documentaire s’appuie également sur le livre de Martin Allen Le roi qui a trahi, paru en 2000.

Martin Allen a été arrêté par Scotland Yard parce qu’avant d’écrire son livre, il avait glissé dans les archives nationales britanniques vingt-neuf documents rédigés de sa propre main, sur Édouard VIII, afin de nourrir sa thèse. Ces documents étaient censés être allemands et dater de 1929 mais des historiens ont douté et les ont fait analyser. Tout était faux. Les archives britanniques n’ont pas voulu porter plainte car Martin Allen était vieux et malade. Elles sont, depuis, équipées de caméras de surveillance, non par peur du vol, mais pour vérifier que personne n’ajoute rien. En traduisant ce livre, la France s’est rendue complice de falsification.

Cependant, il y a les images, où l’on voit Édouard VIII et Wallis Simpson très à leur aise avec les officiels nazis.

Édouard VIII, d’origine allemande lui-même, était germanophile et anticommuniste comme toute la noblesse. Jusqu’en mars-avril 1939, tout le monde était bien disposé envers Hitler, très favorable à l’apaisement avec l’Allemagne. C’est vrai qu’on le voit faire le salut nazi en 1938. Et qu’il a passé son voyage de noces là-bas. Mais je ne le soupçonne absolument pas de trahison. Édouard VIII était un benêt. Le malheureux n’avait accès à aucun document secret. Sa préoccupation, c’était qu’on lui reconnaisse un grade, à lui et à son épouse. Si, en 1941, le FBI s’est intéressé à lui, c’est à cause de la mafia des Bermudes et des Bahamas où on l’avait nommé gouverneur, et dont il était très proche.