331 – L’Esclavage

L'esclavage aux États-Unis

           L'esclavage aux États-Unis (1619-1865) commence peu après l'installation des premiers colons britanniques en Virginie et se termine avec l'adoption du XIIIe amendement de la Constitution américaine.

.            Succédant à une forme de servitude temporaire -l’indenture-, un esclavage à fondement racial s'institutionnalise progressivement, à un rythme variable selon les colonies, dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Progressivement aboli dans les États du Nord du pays dans les années qui suivent la Révolution américaine, l'esclavage occupe une position centrale dans l'organisation sociale et économique du Sud des États-Unis. Les esclaves sont utilisés comme domestiques et dans le secteur agricole, en particulier dans les plantations de tabac puis de coton, qui s'impose au XIXe siècle comme la principale culture d'exportation du pays. Au total, les Treize colonies, puis les États-Unis importent environ 600 000 Africains, soit 5 % du total des esclaves déportés vers les Amériques, jusqu'à l'interdiction de la traite atlantique en 1808. Avant la guerre de Sécession, le recensement américain de 1860 dénombre quatre millions d’esclaves dans le pays.

           La marge d'autonomie que ces derniers sont parvenus à se ménager à l'intérieur du système d'exploitation dont ils ont été victimes a donné naissance à une culture originale qui emprunte à la fois à leur culture africaine d'origine et à celle de leurs maîtres.

.            Dans les années 1820, un mouvement antiesclavagiste, minoritaire mais extrêmement actif, s'organise dans le Nord et, avec lui, un réseau d'aide pour les esclaves fugitifs, 'the Underground Railroad' (le chemin de fer clandestin). L'esclavage devient l'un des enjeux principaux du débat politique du pays. Le compromis de 1850, le Fugitive Slave Act, l'arrêt Scott v. Sandford de la Cour suprême ou les événements du Bleeding Kansas sont autant d'étapes de la polarisation croissante autour de cette question, qui ont cristallisé le déclenchement de la guerre de Sécession en 1860. À l'issue de ce conflit, le XIIIe amendement de la Constitution fédérale (1865) met fin à l'esclavage en étendant à l'ensemble du territoire américain les effets de la Proclamation d'Emancipation du 1er janvier 1863, sans toutefois régler la question de l'intégration des Afro-Américains à la communauté nationale, comme en attestent les Black Codes, la clause de grand-père ou le développement du Ku Klux Klan. La Reconstruction qui succède à la guerre voit ainsi se constituer un système légal de ségrégation raciale dans le Sud du pays.

La clause de grand-père

Disposition légale permettant que, lors de l'adoption d'une nouvelle loi, les conditions de l'ancienne loi puissent s'appliquer à ceux qui en bénéficiaient déjà, généralement pour une période limitée.

Origines

.            Pour faire face à leurs besoins en main d'œuvre, les premières colonies américaines ont recours à un système qui s'apparente à l'engagisme, en particulier pour les tâches domestiques : de nombreux Européens, principalement des Anglais, des Irlandais et des Allemands pauvres arrivent dans les treize colonies britanniques initiales avec un statut de « travailleurs sous contrat » (indentured servants). C'est ce système que les colons adoptent pour les vingt premiers esclaves débarqués par les marins néerlandais. Conformément à ce statut, ceux-ci sont libérés après une période établie de sept ans maximum et se voient accorder la jouissance de quelques terres par leurs anciens maîtres : à leur départ on leur accordait 50 acres de terre (environ 20 hectares). Cela était valable pour n’importe quel Africain acheté à des marchands d’esclaves.

           La première trace d'arrivée d'Africains sur le sol américain remonte à 1619 (un an avant les Pères pèlerins du Mayflower) : un colon blanc de Virginie relate qu'en cette année une vingtaine de « nègres » sont arrivés à terre près de Jamestown à bord d'un bateau de commerçants hollandais qui s'étaient emparés d'un navire négrier espagnol. Les Espagnols baptisaient généralement leurs esclaves en Afrique avant leur départ vers les colonies. Or le droit anglais considérait que les chrétiens baptisés ne pouvaient pas être esclaves, de sorte que ces noirs sont devenus dans la colonie de Virginie « travailleurs sous contrat », certains retrouvant même la liberté et devenant propiétaires de terres, tel Anthony Johnson, un esclave venu d’Angola en 1619 pour travailler dans une ferme de tabac, considéré comme le premier propriétaire d'esclave « légal » aux États-Unis.

Au-delà de cet épisode inaugural, le statut des premiers Africains importés sur le continent américain au XVIIe siècle fait encore débat. La thèse de la progressivité insiste sur une évolution du statut des Noirs. Aux premiers Noirs, on aurait, à l'image de la vingtaine d'Africains débarqués du « White Lion », attribué un statut d'indentured servant, identique à celui des immigrés européens pauvres. Le racisme à l'égard des Noirs n'aurait été dans cette perspective qu'une des conséquences de l'infériorité durable de leur statut. La thèse raciale estime au contraire que les Noirs africains auraient d'emblée été considérés, à cause de la couleur de leur peau et de préjugés raciaux antérieurs, comme des êtres inférieurs, corvéables à merci. L'esclavage américain n'aurait été que l'importation à l'identique d'un système déjà répandu dans les colonies ibériques d'Amérique du Sud et des Caraïbes.

Dans la colonie de Virginie, la condamnation en 1640 de John Punch, un indentured servant noir, condamné à la servitude à vie après une tentative d'évasion, est la première trace connue d'une différenciation de la jurisprudence sur la base de la couleur de la peau. En 1654, une cour du comté de Northampton se prononce contre John Casor, le déclarant propriété à vie de son maître.

Au Nord, il semble que les maîtres considéraient les Noirs comme les alter ego des travailleurs sous contrat et, à ce titre, les libéraient quand ils estimaient qu'ils avaient, par leur travail, remboursé leur prix d'achat. Dans le Sud, la population noire restait elle aussi minoritaire bien que proportionnellement plus importante : on l'estime à environ 8 000 en 1680 pour 15 000 colons. Le système des plantations étant à cette époque encore peu répandu, les Noirs exerçaient, en proportion de la pénurie générale de main d'œuvre, des métiers exigeant un certain degré de qualification.

Culture du tabac et institutionnalisation de l'esclavage

           À la fin du XVIIe siècle, tous les Noirs déportés sur le sol nord-américain se voient imposer le statut d'esclave. Les codes noirs, adoptés dans l'État du Connecticut dès 1690 et en Virginie en 1705 généralisent explicitement ce statut, en définissant les droits des propriétaires sur des individus considérés comme des biens meubles et donc dépourvus de droits. Durant la période coloniale britannique, toutes les colonies, au nord comme au sud, possédaient des esclaves. Ceux du nord étaient principalement employés à des tâches domestiques, ceux du sud travaillant dès l'origine dans des fermes et des plantations cultivant des plants d'indigo, du riz et du tabac, le coton ne devenant la culture principale qu'au cours des années 1790.

1776 / 1865, le Second Passage du centre

           L'expansion des États-Unis vers l'ouest brisa des familles existantes en forçant les esclaves à se réinstaller loin de tous ceux et tout ce qu'ils connaissaient (Second middle passage). Cette déportation massive, « une procession d'hommes, de femmes, et d'enfants similaire à une procession funéraire », fut un traumatisme central dans la vie d'un esclave entre la révolution américaine et la guerre de Sécession

On estime le nombre d'esclaves déplacés à environ un million entre 1790 et 1860. La majorité des esclaves étaient originaires du Maryland, de Virginie et des Carolines. Au début, leur destination était principalement le Kentucky et le Tennessee, mais après 1810 la Géorgie, l'Alabama, le Mississippi, la Louisiane et le Texas ont reçu la majorité des esclaves déportés. Dans les seules années 1830, presque 300 000 esclaves furent déplacés, l'Alabama et le Mississippi en recevant 100 000 chacun, essentiellement le résultat de la vente d'esclaves.

Seule une minorité d'esclaves a pu suivre les pas de ses maîtres en préservant son unité familiale. La traite devint la plus vaste entreprise du Sud, en dehors des plantations elles-mêmes, et probablement la plus sophistiquée dans son emploi de moyens de transports modernes, de circuits de financement innovants et de la publicité. Cette industrie développa son propre langage composé de termes tels que prime hands (première main) ou bucks (dollars en argot) …

Outre la voie maritime la plupart des esclaves était forcée de se déplacer à pied. Des routes de migration régulières étaient établies le long d'un réseau d'entrepôts destinés à l'accueil temporaire des esclaves. Chemin faisant, certains d'entre eux étaient vendus, d'autres achetés. La migration occupait une place centrale dans l'organisation économique et sociale des régions concernées.

Le 'second passage du centre' était extrêmement épuisant et débilitant. Les décès pendant la marche, ainsi que les ventes et reventes quotidiennes transformaient non seulement les esclaves en objets marchands mais faisaient surtout de la marche une machine à briser tout lien humain. Les bandits de grand chemin rendaient le Second middle passage presque aussi dangereux pour les marchands qu'il l'était pour les esclaves. Les hommes étaient enchaînés et placés sous une garde rapprochée. Les convois d'esclaves devinrent des forteresses mobiles où les tentatives de fuite étaient bien plus nombreuses que les révoltes.

  

Vie quotidienne des esclaves

Conséquences de la migration vers l'Ouest

.            Sur la frontière de l'ouest, le défrichage et l'exploitation d'une terre vierge, combinés à une nourriture insuffisante, une eau insalubre, un climat souvent plus humide et plus chaud (les moustiques) et l'affaiblissement parfois durable provoqué par le voyage engendrèrent de nombreuses blessures et maladies et contribuèrent à augmenter sensiblement le taux de décès des esclaves nouvellement arrivés. À tel point que certains planteurs préféraient dans les premières années d'exploitation louer des esclaves plutôt qu'en acquérir pour leur propre compte. Par ailleurs, ces conditions difficiles sur la frontière augmentèrent la résistance morale des esclaves et conséquemment la violence des maîtres et des surveillants.

En Louisiane, la canne à sucre constituait alors la principale culture. La Nouvelle-Orléans devint un port d'esclaves de dimension nationale et dans les années 1840 le plus grand marché d'esclaves du pays. La culture de la canne à sucre, plus éprouvante encore que celle du coton, exigeait de jeunes hommes dans la force de l'âge qui représentaient les deux tiers de la demande en esclaves. Cette population, plus virulente et susceptible de se tourner vers la rébellion, rendit le régime de soumission imposé par les planteurs d'autant plus violent.

Travail

.            Deux principaux systèmes de travail, parfois non exclusifs l'un de l'autre, ont coexisté au sein du système des plantations américaines : le task system et le gang system. Le task system consistait à assigner à chaque esclave un travail donné. Une fois sa tâche acquittée, l'esclave était libre de vaquer à ses occupations personnelles. Ménageant une marge d'autonomie aux esclaves, il était toutefois largement minoritaire. Le gang system qui peut être considéré comme l'équivalent du travail à la chaîne dans le domaine agricole. Placées sous l'autorité d'un driver, des équipes d'esclaves, dont chacun se voyait attribuer une fonction spécifique, effectuaient parallèlement une tâche identique.

.            L'encadrement des esclaves était assuré par un régisseur (oversee), un blanc, représentant de l'autorité du propriétaire sur le terrain et d'un driver, lui-même esclave, qui conduisait les équipes. Les fonctions de police, qui étaient confiées à ce dernier, impliquaient force physique et capacité de commandement.

Le traitement des esclaves variait aussi avec la couleur de leur peau. Les esclaves à la peau la plus foncée étaient confinés au travail des champs. Les spécialités (forgerons, charrons, serruriers, ...), dont la charge était souvent héréditaire, étaient réservées aux métis et aux esclaves à peau claire qui, d'une manière générale, étaient mieux considérés que les autres. La clarté de la peau était ainsi un élément d'appréciation de la valeur des esclaves sur le marché et les planteurs choisissaient de préférence des esclaves à peau claire comme concubine (fancy girls).

Outre la distinction entre le task system et le gang system, une des principales lignes de fracture qui organise le monde des esclaves est celle qui distingue les travailleurs des champs et les travailleurs domestiques. Cette ligne n'est pas, elle aussi, inamovible. Si les domestiques étaient globalement mieux nourris et bénéficiaient de conditions de travail plus clémentes, ils subissaient aussi plus directement l'arbitraire des décisions et des châtiments des propriétaires.

Vie matérielle et sociale

.            La famille, sans existence légale, est toutefois souvent consacrée par une cérémonie religieuse et consignée sur des registres. Une grande partie de la vie sociale et matérielle s'organise autour d'elle. C'est à son échelle que sont effectuées les distributions de nourriture et de vêtements et l'attribution du logement. Les cases familiales ne dépassaient, semble-t-il, pas 25 m2 pour une moyenne de près de 6 personnes. Elles étaient regroupées dans des quarters situés à distance de la demeure du maître, les plus grandes plantations pouvant en compter plusieurs disséminées sur l'exploitation. L'hygiène y était quasiment inconnue.

Les interactions quotidiennes qui survenaient entre les propriétaires et leurs esclaves contribuèrent sans doute à développer un paternalisme, qui, s'il présentait des aspects négatifs, améliora les conditions de vie des esclaves. En ne concentrant pas les esclaves dans de vastes dortoirs communs, les petites exploitations favorisaient aussi l'hygiène de vie et prévenaient le développement des épidémies massives qui décimèrent la population noire brésilienne et caribéenne. Cette configuration, ainsi que la proportion plus élevée d'esclaves féminines, affectées principalement aux tâches domestiques en Amérique du Nord, permit aussi le développement d'une vie familiale autonome des esclaves.

           On peut penser que sans le pouvoir de punir, que l'État conférait au maître, l'esclavage n'aurait pu exister. Le traitement subi par les esclaves était de toute façon inhumain. Qu'ils travaillent ou qu'ils marchent dans la rue, les esclaves étaient soumis à un régime de violence légalement autorisé. De fréquentes séances de flagellations publiques étaient là pour rappeler à chaque esclave la punition pour un travail inefficace, une conduite indisciplinée ou le refus de se plier à l'autorité d'un supérieur.

Cicatrices de flagellation sur un esclave. Photo prise le 2 avril 1863, à Baton Rouge, Louisiane. Légende originale du photographe : « Le contremaître Artayou Carrier m'a fouetté. À la suite de cette flagellation, j'ai eu des escarres pendant deux mois. Mon maître est venu après que j'ai été fouetté ; il a licencié le contremaître. Ce sont les propres paroles du malheureux Peter alors qu'il posait pour la photo. »

Cicatrices de flagellation sur un esclave. Photo prise le 2 avril 1863, à Baton Rouge, Louisiane. Légende originale du photographe : « Le contremaître Artayou Carrier m’a fouetté. À la suite de cette flagellation, j’ai eu des escarres pendant deux mois. Mon maître est venu après que j’ai été fouetté ; il a licencié le contremaître. Ce sont les propres paroles du malheureux Peter alors qu’il posait pour la photo. »

Dans les grandes plantations, les régisseurs étaient autorisés à fouetter et brutaliser les esclaves désobéissants. Parmi les châtiments utilisés figurent les privations, les travaux supplémentaires, le marquage au fer rouge pour les fugitifs, la castration ou les mutilations, voire la mort contre les échappés. Les codes de l'esclavage autorisaient et requéraient même l'usage de la violence.

La surveillance était assurée par des patrouilles composées de trois ou six conscrits blancs, autorisés à infliger des châtiments sommaires. Les esclaves étaient placés sous la menace constante de la vente d'un membre de leur famille. Cependant, le planteur n'avait pas intérêt à maltraiter ses esclaves : les traces de fouet diminuaient la valeur marchande de l'esclave car elles montraient qu'il était insoumis ou paresseux.

Les témoignages attestent tous des abus sexuels réguliers infligés aux esclaves de sexe féminin par les propriétaires, les membres de leur famille, les amis ou superviseurs blancs. Les enfants issus de ces viols héritaient le plus souvent du statut d'esclave de leur mère mais étaient parfois libérés par leur maître. Les enfants issus de relations entre planteurs et esclaves pouvaient servir de domestiques : plusieurs des gens de maisons du président Thomas Jefferson étaient ainsi des enfants de son beau-père et d'une esclave. Ceci explique qu'au XVIIIe siècle, certains esclaves domestiques noirs pouvaient vivre mieux que bien des paysans pauvres blancs.

Religion

.            À partir du milieu du XVIIIe siècle, la religion chrétienne se généralisa, au détriment de leurs croyances animistes et leur culte des ancêtres hérités de l'Afrique, à la faveur du Grand réveil, un mouvement religieux évangélique dont l'élan missionnaire enjoignit aux nouveaux convertis blancs d'œuvrer pour le salut des esclaves. Le méthodisme et le baptisme, dont la doctrine de l'engagement individuel tranchait avec le déterminisme calviniste, rencontrèrent en particulier un succès important parmi la population noire.

La majorité des maîtres encourageaient la conversion de leurs esclaves. Faute de lieu de culte, certains esclaves recevaient la lecture de la Bible de la bouche même de leur maître. Malgré le contrôle que les maîtres tentaient de conserver sur cette part de leur vie, les esclaves parvinrent à développer une « Église invisible » dont les discours et les pratiques différaient sensiblement de celle des Blancs.

Lors des cérémonies qui échappaient au regard de leurs maîtres, le discours de soumission que relayaient les Églises du Sud était rejeté par les esclaves au profit de choix liturgiques qui privilégiaient le potentiel émancipateur des Écritures. L’épisode de l'Exode des esclaves du pharaon menés par Moïse tenait par exemple une grande place dans les chants (les negro spirituals) et les sermons. Les célébrations qui empruntaient pour partie au registre des revivals meetings incluaient des éléments plus spécifiquement afro-américains. Les danses rituelles (les ring shows) et les séances de psalmodie dont les participants approchaient de la transe témoignaient d'une ferveur qui tranchait avec l'austérité formelle des cérémonies des élites blanches épiscopaliennes.

Evolution démographique

           Bien que n'ayant importé qu'environ 6 % de la population d'esclaves du continent, les États-Unis comptèrent rapidement une population d'esclaves plus importante que celles des Caraïbes ou du Brésil. En 1810, soit deux ans après l'interdiction officielle de la traite, les États-Unis comptaient 1,1 million d'esclaves, soit le double de leur importation totale. En 1860, cette population avait presque quadruplé pour atteindre un total de 4 millions.

Si, dans les autres colonies importatrices d'esclaves, le taux de mortalité était très élevé, aux États-Unis, le taux de natalité des esclaves lui fut dès l'origine supérieur, car en Amérique du Nord, où la majorité des esclaves vivaient dans des plantations de moins de dix esclaves, les relations entre les propriétaires et esclaves s'en trouvaient fondamentalement modifiées : la majorité des maîtres vivaient dans leurs plantations et ne déléguaient pas sa gestion à un régisseur.

Révoltes et fuites

L’Underground Railroad

.            Il faut distinguer au sein des esclaves en fuite les outliers des marrons : les premiers continuent de vivre à proximité de la plantation, tirant leur subsistance de la rapine ou parfois même de l'aide d'esclaves restés à l'intérieur de la plantation. Les seconds s'établissent dans des zones inaccessibles, montagnes ou marécages. L’abolition progressive de l’esclavage dans les États du Nord ouvre une possibilité supplémentaire aux esclaves du Sud, en leur offrant un refuge potentiel sur le territoire même des États-Unis.

Le « Chemin de fer clandestin » était un réseau secret et décentralisé de routes clandestines pour aider la fuite et faciliter l’accueil des esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Mason-Dixon et jusqu’au Canada avec l'aide des abolitionnistes qui adhéraient à leur cause.

Composé de conducteurs et de relais ou « stations », il implique un nombre croissant d’abolitionnistes blancs et de Noirs libres. Le terme d’Underground Railroad fait ainsi son apparition dans la presse au début des années 1840 et concentre les récriminations des planteurs du Sud.

Ce terme s'appliquait également à tous ceux qui aidaient les fugitifs : aux abolitionnistes, aux noirs, aux blancs, aux personnes libres ou aux esclaves. Plusieurs autres routes permettaient de se rendre au Mexique et à l'étranger. Bien que, dès la fin du XVIIe siècle jusqu'à la Révolution américaine et même quelque temps après, il existât un « chemin de fer clandestin » s'étendant vers le sud en direction de la Floride, qui était alors un territoire espagnol, le réseau aujourd'hui connu sous le nom de Underground Railroad fut lui formé au début du XIXe siècle et, ce fut entre 1850 et 1860 qu'il fut le plus performant.

D'après une estimation, en 1850, 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L'Amérique du Nord britannique, où l'esclavage était interdit, était une destination courante, puisque sa longue frontière offrait de nombreux points d'accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s'y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui dura 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

La ligne Mason-Dixon

.            Depuis la fin de la guerre d'indépendance des États-Unis, la ligne Mason-Dixon était la ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud, jusqu'au Compromis du Missouri voté en 1820 qui déplace la limite à la latitude 36°30' Nord (frontière sud du Missouri) pour les territoires de l'ancienne Louisiane française, achetée en 1803.

Délimitant les frontières du Maryland avec celles du Delaware et de la Pennsylvanie, établie entre 1763 et 1767, elle est située à environ 39°43'20" de latitude Nord entre le Maryland et la Pennsylvanie d'une part ; 75°47′18 de longitude ouest entre le Maryland et le Delaware.

Même après la guerre, cette frontière est restée un fort symbole de division culturelle entre les États du Sud et du Nord. John Fitzgerald Kennedy a construit une autoroute traversant la ligne qui est aujourd'hui nommée en son honneur. Dans l'usage, elle représente aujourd'hui la démarcation formelle entre le Nord et le Sud des États-Unis.

.            D'un point de vue étymologique, c'est probablement de son nom que sont nées les expressions "Dixie" et "Dixieland" pour désigner les États du sud. Pour d'autres, les termes "Dixie" ou Dixieland" trouvent leur source dans le billet de banque américain de dix dollars ; en effet, le dit billet en circulation dans les États de l'Union au cours de la guerre de sécession portait la mention "TEN" dollars, soit dix en anglais, alors que le billet de même valeur circulant dans les États de la Confédération portait la mention "DIX" au lieu de "TEN". D'où le "DIXIELAND", ou "pays du dix".

Révoltes

           L’étude de la résistance des esclaves prit son essor avec la publication en 1943 d’American negro slave revolts de l’historien marxiste Herbert Aptheker. Aptheker répertorie 250 révoltes et complots du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. Il distingue les révoltes planifiées des révoltes spontanées.

Les révoltes planifiées impliquent une division du travail entre les insurgés. Elles ont le projet de conquérir un territoire ou de préparer une évasion massive. Le stade de l’insurrection a rarement été franchie en Amérique du Nord. Dans la majorité des cas, la rumeur de la révolte a été ébruitée et la conspiration démasquée.

Les révoltes réactives spontanées naissent d’un incident entraînant le meurtre du régisseur ou du maître et la destruction de sa propriété. Elles comptent sur les esclaves de la plantation puis ceux des propriétés avoisinantes pour lui fournir, par une réaction en chaîne, des troupes supplémentaires. Le soulèvement de German Coast en Louisiane débuta le 8 janvier 1811 lorsqu'un esclave blessa son maître et tua son fils à l'aide d'une hache. En réunissant de 180 à 500 esclaves en 1811, il est tenu pour être la plus grande révolte d’esclaves qu’ait connu le territoire américain.

Abolition

.            Les premiers abolitionnistes américains se trouvent d'abord dans les sociétés Quakers de Pennsylvanie : dès 1688, trois d'entre eux, rédigent et publient la Protestation de Germantown (un quartier de Philadelphie), qui dénonce l'esclavage. En 1759, les Quakers pennsylvaniens s'interdisent toutes pratiques esclavagistes. En 1761, la colonie lève une taxe sur tout esclave importé à l'intérieur de ses limites. Dans les années 1770, la Société d’émancipation des Noirs libres et illégalement réduits à la servilité est fondée à Philadelphie. En 1794 est créée la Convention des sociétés abolitionnistes à Philadelphie. En 1786, la Caroline du Nord augmente fortement les droits sur l’importation des esclaves ; l’esclavage disparaît au nord des États-Unis au début XIXe siècle.

L'esclavage est aboli en 1777 dans le Vermont, en 1780 en Pennsylvanie, en 1783 dans le Massachusetts et le New Hampshire. Une loi de 1782 votée en Virginie entraîne la libération de 10 000 Noirs en dix ans. En 1783, le Maryland interdit l'importation d'esclaves. La Caroline du Sud interdit la traite en 1803. L'Ordonnance du Nord-Ouest (1787) interdit l'esclavage dans le territoire du Nord-Ouest et établit de fait la limite entre les états esclavagistes et les autres sur l'Ohio. La traite négrière est abolie officiellement en 1808, même si les contrebandiers la poursuivent clandestinement pendant plusieurs années.

Pourtant, lorsque la Constitution américaine entre en vigueur le 4 mars 1789, elle ne remet pas en cause l'esclavage pratiqué dans les États du Sud, afin de garantir l'union de la jeune nation. Si les esclaves sont exclus de la citoyenneté, les États du Sud réclament qu'ils soient comptabilisés dans le recensement qui doit permettre la répartition des sièges à la Chambre des représentants. Cette revendication qui avantagerait considérablement les États-Unis du Sud aboutit à un compromis connu sous le nom de « clause des trois cinquièmes » ; cette disposition ajoute au total de la population libre des différents États « les trois cinquièmes de toutes autres personnes » vivant sur le territoire, c'est-à-dire les esclaves qui, comme dans l'ensemble de la Constitution, ne sont pas désignés directement.

Il faudra attendre le 13ème amendement du 06 décembre 1865 pour abolir l'esclavage et la servitude involontaire, sur tout le territoire, sauf … en tant que punition pour un crime ! On notera que l’Etat du Mississipi n’a ratifié ce 13ème amendement que le 07 février 2013, soit 148 ans après tous les autres Etats.

Conséquences politiques de l’expansion vers l’Ouest

.            Avec l’expansion territoriale vers l'Ouest, l’esclavage cristallise l’opposition croissante entre le Nord et le Sud du pays.

Une série de compromis politiques préserve l’unité du pays en maintenant l’équilibre numérique entre États esclavagistes et États libres qui conditionne l’égale représentation des deux tendances au Sénat.

Le premier d’entre eux, le compromis du Missouri ou compromis de 1820, stipule que les futurs États qui seront créés dans l’ancienne Louisiane seront esclavagistes ou abolitionnistes selon qu’ils se situeront au sud ou au nord du 36° 30' parallèle, la frontière sud du Missouri. Le Congrès décide aussi que le Missouri restera un État esclavagiste mais ne pourra introduire de nouveaux esclaves et que tout enfant né après l'admission de parents esclaves sera automatiquement affranchi à l'âge de 25 ans. Il répond à la crise suscitée par l’entrée dans l’Union du nouvel État du Missouri où vivent déjà des esclaves. Pour faire contrepoids à ce nouvel État esclavagiste, un nouvel État libre, le Maine, est détaché du Massachusetts.

La controverse s’anime à nouveau avec la perspective de l’admission du Texas et plus encore de la Californie, le cas de cette dernière étant finalement réglé par le compromis de 1850. Le nouvel État peut intégrer l’Union en tant qu'État libre en échange de deux mesures : le renforcement du Fugitive Slave Act qui confie désormais à l’administration fédérale le pouvoir de restituer les esclaves fugitifs qui auraient trouvé refuge sur le territoire des États libres et la garantie que les territoires du Nouveau-Mexique et de l'Utah décideront, sans intervention du pouvoir fédéral, du maintien ou de l'abolition de l'esclavage au moment de leur entrée dans l’Union. En outre, le commerce des esclaves est interdit dans le district fédéral de Columbia.

Compromis de 1850

.            Le compromis de 1850 vise à maintenir l'équilibre établi entre la représentation des États esclavagistes et non-esclavagistes au Sénat des États-Unis. En effet, chaque État américain étant représenté par deux membres au Sénat, chaque camp veut être en mesure de pouvoir défendre ses intérêts.

Ainsi, depuis la déclaration d'indépendance en 1776, toute nouvelle adhésion à l'Union allait par paire : deux États à la fois intégraient l'Union; un autorisant l'esclavage, et l'autre non et ce afin que la représentation au Sénat reste équilibrée. En outre, il avait été décidé, par le compromis du Missouri de 1820, que la limite du 36,30° de latitude déterminerait la frontière entre États du Sud et États du Nord. Or, si des États situés au Sud de cette limite prohibent l'esclavage, par exemple la Californie, le Sud est-il fondé à le leur imposer contre leur gré ?

En parallèle, au milieu des années 1850 se pose la question des esclaves en fuite. En effet, nombre d'entre eux fuient les États esclavagistes du Sud pour trouver la liberté au Nord. Le Sud exige leur restitution alors que l'opinion publique au Nord, soulevée par les abolitionnistes, se révolte à cette pensée.

Ainsi, en 1850, Henry Clay (qui était déjà à l'origine du compromis de 1820), fait adopter au Sénat le compromis de 1850 relatif à l'entrée de la Californie dans l'Union. Celle-ci peut intégrer l’Union en tant qu'État libre, en échange, les États du Nord s'engagent à restituer à ceux du Sud tout esclave fugitif. En outre, le commerce des esclaves est supprimé dans le district fédéral et le Nouveau-Mexique et l'Utah seront à même de décider de l'admission ou de l'abolition de l'esclavage. Enfin, l'esclavage est aboli à Washington D.C.

Fugitive Slave Act (L’acte de 1793, signé par G.Washington)

           Le Fugitive Slave Act est une proposition de loi préparée par le Congrès en février 1793 pour résoudre un conflit entre les États de Pennsylvanie et de Virginie lié au problème posé par John Davis. Le gouverneur de Pennsylvanie, Thomas Mifflin, demande l’extradition de trois virginiens accusés du kidnapping de Davis que Beverly Randolph, gouverneur de Virginie, refuse sous prétexte que Davis est un esclave évadé, ce à quoi Mifflin rétorque que Davis est un homme libre et doit être protégé.

Cette loi est la première d’une longue série d’actes fédéraux tentant de définir un juste milieu entre la liberté personnelle et le droit à la propriété, en particulier lorsque la loi d’un État défendant la liberté est en contradiction avec celle d’un autre État reconnaissant le droit à la possession d’esclaves.

La législation alors en cours dénie aux esclaves, de par leur condition de possession, de prétendre à des droits constitutionnels. La loi de 1793 précise que les esclaves libérés sont soumis aux mêmes restrictions. Ainsi, les esclaves fugitifs ne sont pas autorisés à présenter leur défense ou la preuve de leur libération devant un tribunal.

De même, cette loi confirme les dispositions de la Constitution qui officialisent et protègent l’esclavage. Elle définit comme crime fédéral toute aide à un esclave en fuite et définit des mécanismes légaux par lesquels ces derniers doivent être arrêtés, traduits devant un juge et retournés à leurs maîtres.

Enfin, la loi précise qu’un esclave évadé est considéré comme fugitif, pouvant être capturé à n’importe quel moment et n’importe où sur le territoire des États-Unis (y compris dans les États dits libres). Le cas échéant, cette mesure s’applique également aux enfants nés d’une mère esclave.

.            L’une des conséquences majeures de cette loi est le développement d’une nouvelle profession, les slave-catchers (litt. captureurs d’esclaves) dont le but est de rechercher, capturer et remettre les esclaves en fuite à leurs propriétaires contre rémunération. Bien souvent, ces chasseurs vont dépasser la loi, capturant des noirs libres pour les revendre comme esclaves. En réponse, des mouvements abolitionnistes vont s’organiser illégalement, tels que le chemin de fer souterrain.

Arrêt Scott v. Sandford

           Dred Scott v. John F. A. Sandford (Dred Scott contre John F. A. Sandford) est un arrêt de la Cour suprême des États-Unis, rendu en mars 1857. En rendant cet arrêt dans les dernières années avant la guerre de Sécession, la cour prend fermement position en faveur de l'esclavage, déclarant : d'une part, qu'un Noir, même libre, ne peut être citoyen des États-Unis ; d'autre part que, dans les territoires des États-Unis (qui à l'époque, ne sont pas encore des États et sont administrés par le gouvernement fédéral) l'interdiction de l'esclavage est inconstitutionnelle. C'est certainement aujourd'hui l'arrêt de la Cour suprême le plus unanimement réprouvé.

.            L'acte Kansas-Nebraska vient confirmer en 1854 l’ascendant des esclavagistes au Congrès. Il affirme que l’État fédéral ne pourra pas se prononcer sur le statut conféré à l’esclavage dans ces deux futurs États, la décision en étant réservée à ses habitants selon le principe de la squatter sovereignty. La ligne de partage, établie par le compromis du Missouri, qui restreignait l’esclavage au sud du 36°30’ parallèle est elle aussi implicitement remise en cause. La loi aboutit sur le territoire du Kansas à une série d’affrontements qui lui vaut le surnom de Bleeding Kansas (Kansas sanglant).

Bleeding Kansas

           Le concept historique de Bleeding Kansas (Kansas sanguinolent), parfois mentionné dans l'histoire comme Bloody Kansas (Kansas sanglant) ou Border War (Guerre de frontière), englobe une série de violentes confrontations politiques et populaires qui opposèrent, de 1854 à 1861, dans le Territoire du Kansas et les villes de la frontière ouest du Missouri, les Free Soilers (anti-esclavagistes) et les Border Ruffians, partisans de l'esclavage.

La guerre de Sécession (Civil War)

           Si la question de l’esclavage est indiscutablement importante, avec celle de l’économie, au déclenchement du conflit, celle de l’abolition n’apparaît que manière indirecte au rang des préoccupations de ses protagonistes. La position d'Abraham Lincoln, le président républicain nouvellement élu, était claire au sujet de l’esclavage : intellectuellement opposé à cette institution, il s’était prononcé contre son expansion tout en promettant de ne pas la remettre en question dans les États où elle existait déjà.

Ce n’est qu’avec la Proclamation d'Emancipation du 1er janvier 1863 par Lincoln, qui déclare libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste qui n'est pas sous contrôle de l'Union, que l’abolition devient l’un des objectifs affichés du camp nordiste. Après la guerre, le 13e amendement de la Constitution américaine abolit définitivement l’esclavage sur le territoire américain ; durant la Reconstruction qui suivit la guerre, deux amendements consécutifs, le 14e et 15e, ne parviendront toutefois pas à empêcher l’instauration d’un système ségrégationniste dans le Sud du pays.

Comportement des esclaves du Sud

           Le comportement des esclaves du Sud durant la guerre a fait l’objet de nombreuses controverses. L’idée de la loyauté des esclaves à leurs propriétaires sudistes, largement répandue jusqu’au début du XXe siècle, est aujourd’hui largement abandonnée. Bien que n’ayant pas organisé de grandes rébellions, identique aux rébellions serviles caribéennes, les esclaves profitèrent de la désorganisation des structures de contrôle occasionnée par la guerre pour ralentir leur travail ou même refuser d’obéir à leurs propriétaires. À l’approche des troupes nordistes, beaucoup s’enfuyaient pour rejoindre le camp adverse.

Ce comportement obligea le commandement militaire puis la direction politique à se prononcer sur le statut à conférer aux esclaves fugitifs, désignés sous le terme de contrabands, et aux esclaves établis sur les territoires occupés par les troupes nordistes. S’agissant des premiers, une loi votée par le Congrès interdit en mars 1862 de renvoyer les fuyards à leurs anciens propriétaires. Le second problème donna lieu à plusieurs passes d’armes entre pouvoirs militaire et politique. Le général Frémont au mois d’août 1861, puis le général Hunter en mai 1862 prirent, dans leur secteur respectif, des mesures d’émancipation des esclaves appartenant à des planteurs sécessionnistes ; ils furent à deux reprises désavoués par le président Lincoln.

Statistiques

           Sur les huit millions de Blancs environ que comptaient la totalité des États esclavagistes, seulement 385 000 possédaient des esclaves, soit 4,8 % de la population. La moitié n'avait que cinq esclaves ou moins, mais 110 000 Blancs en avaient plus de 50 et 3 000 d'entre eux, plus de 100.

Black Codes (États-Unis)

           Les Black Codes sont un ensemble de lois américaines, votées par les États ou au niveau local, qui avaient pour objet de limiter les droits fondamentaux et les droits civiques des Noirs.

À l'origine, la constitution des États-Unis validait l'esclavage. Dans ce contexte, les États du Nord et les États du Sud ont adopté une législation raciale dès le début du XIXe siècle. Beaucoup d'États nordistes, pourtant anti-esclavagistes, adoptèrent comme les États du Sud des lois supprimant le droit de vote des Noirs, ou interdisant les mariages mixtes. Cependant, l'expression Black Codes se réfère en priorité à la législation mise en place par les États du Sud à la fin de la guerre de Sécession à propos du travail, des droits civiques et du droit à l'émigration des esclaves fraîchement émancipés.

Au Texas, par exemple, la 11e législature introduisit les Black Codes en 1866. Cela d'une part pour confirmer le statut d'infériorité que les Noirs et les esclaves émancipés avaient avant la guerre du Texas et d'autre part, pour contrôler le travail des Noirs dans la société.

Le législateur, en amendant le code pénal en 1866, n'a fait que renforcer la barrière continue entre les Blancs et les Noirs en décrétant Noirs tous ceux qui avaient au moins 1/8e de sang africain dans les veines, sous réserve de dispositions particulières légales.

Les Black Codes entrés en application juste après la guerre de Sécession, même s'ils variaient d'un État à un autre, visaient l'objectif de s'assurer en permanence une main-d'œuvre à bon marché et ont donc contribué à pérenniser le statut d'infériorité des esclaves affranchis. Les Black Codes trouvaient leurs fondements dans les anciennes lois sur les esclaves.

Le Ku Klux Klan

.            Le Ku Klux Klan (le KKK ou Klan), fondé le 24 décembre 1865, est une organisation suprématiste blanche protestante. Classée à l'extrême-droite sur l'échiquier politique américain, elle n'a cependant jamais été un parti politique, mais une organisation de défense ou de lobbying des intérêts et des préjugés des éléments traditionalistes et xénophobes de certains Blancs protestants, les White Anglo-Saxon Protestant (WASP) qui se revendiquent en tant que communauté « ethnico-religieuse » et appuient leur revendication d'une « suprématie blanche » sur une interprétation très particulière de la Genèse (très présente dans la « Bible belt ») et sur les doctrines racistes de l'anthropologie du XIXe siècle.

Le Ku Klux Klan prône schématiquement la suprématie de la «race» américaine blanche sur les autres «races»: - Noirs (descendants des anciens esclaves), - Asiatiques (immigrés chinois et japonais), - la communauté Arabe, - Hispaniques (Mexicains, Cubains, Portoricains et autres peuples issus d'Amérique latine), ainsi que généralement l'antisémitisme, l'anticatholicisme (ici sont surtout visés les immigrés d'obédience catholique : Polonais, Italiens, Irlandais et Français), l'anti-orthodoxie (ici sont visés les levantins et les Européens orientaux tels les Grecs, Roumains, Yougoslaves, Russes ou Ukrainiens...), l'anticommunisme et l'homophobie. Il est d'abord conservateur et xénophobe. Dans une large mesure, il est aussi très anti-centraliste (très hostile à ce qu'il considère comme des empiètements des autorités fédérales sur les droits des États) et plutôt isolationniste en politique étrangère.

Le Ku Klux Klan est primitivement issu de la défaite et de l'occupation des onze États sécessionnistes de l'Union en 1860-1861 et membres des États confédérés d'Amérique (CSA), territoire familièrement appelé Dixieland par les troupes fédérales.

Il renaît beaucoup plus tard au moment de la Première Guerre mondiale, mais cette fois-ci sous la forme d'une association légale et culturelle, ouverte à tous les WASP, du Nord comme du Sud, désireux de défendre les valeurs qu'ils considèrent comme fondamentales de la « Nation blanche » américaine.

Le second Ku Klux Klan disparaît officiellement en 1944.