332 – La Religion

.              "La Constitution américaine prévoit la séparation entre l'Etat et la religion. En effet, le premier amendement proclame la liberté de croire et de pratiquer la religion de leur choix pour les citoyens des Etats-Unis donnant ainsi à l'Etat le devoir de ne pas se prononcer en faveur d'une religion.

.              Pourtant, une entorse au principe de séparation est déjà commise dès l'origine : la constitution est basée sur les 10 commandements de l'Ancien Testament. Encore en amont dans l'Histoire des Etats-Unis, la Déclaration d'Indépendance, proclamée en 1776 inclus le rôle « du Dieu de la nature » dans la légitimité du peuple américain à l'Indépendance. Pour les rédacteurs, les treize colonies ont le devoir de gagner leur indépendance car ils ont le soutien du “Créateur” :"

Ainsi, les colons se dotent déjà d'un sentiment de supériorité nationale vis à vis des autres nations mondiales en se montrant sous la protection divine dans un contexte où la religion joue un grand rôle politique en Europe.

.              Ce rapport à la religion se remarque encore par l'importance pour les candidats à la présidentielle lors des campagnes électorales de marquer leur attachement à la communauté chrétienne. Cependant, la religion n'est déterminante que pour la première partie des élections; seuls les Etats du Sud y restent réellement sensible par la suite. Un autre et non moindre aspect des liens directs à la politique est la présence officielle de Dieu dans des serments tels que celui d'Investiture et celui d'allégeance au drapeau. Ce dernier représente même l'Etat … en dessous de Dieu.

Mais si le président prête serment sur la Bible depuis George Washington, les autres renvois à Dieu datent de la Guerre froide, où il s'agissait de montrer son opposition à l'Union Soviétique athée. Ainsi, la référence « One Nation under God » a été ajoutée au serment d'allégeance en 1954 ; la devise « In God We Trust » (« En Dieu nous croyons » qui figure sur la monnaie, date, elle, de 1956 ; de même que le National Day of Prayer (Jour National de prière) le premier jeudi de mai, créé la même année.

.              La religiosité américaine, structurée à l'origine par un protestantisme dominant, mais diversifié, se manifeste par une grande variété confessionnelle et un dynamisme des Églises qui sont expliqués par l'histoire du pays, terre de refuge qui a su très tôt garantir une large liberté religieuse.

.              Dès le XVIIe siècle, les colonies anglaises d'Amérique offraient l'asile à ceux qui voulaient fuir l'intolérance religieuse en Europe, mais à des degrés divers.

En Nouvelle-Angleterre, les puritains, héritiers des Pères pèlerins débarqués en 1620 veulent fonder ici une Nouvelle Jérusalem. Ils créent Boston l'une des capitales intellectuelles des colonies anglaises, où des théologiens de renom comme Increase Mather sont formés à Harvard, université fondée par les puritains en 1637. Par contre, ils tolèrent peu les contestataires qui remettent en cause le projet politique de leur colonie du Massachusetts. La quaker Mary Dyer fut ainsi exécutée à Boston en 1660 (le procès des Sorcières de Salem est aussi un exemple de cas de paranoïa puritaine). C'est pourquoi des dissidents, comme le théologien baptiste Roger Williams, partent pour fonder de nouvelles colonies comme le Rhode Island ou encore le Connecticut.

Dans les colonies esclavagistes du Sud (Virginie, les deux Caroline, Géorgie), les colons ont reproduit une société aristocratique à l'anglaise, où à l'image de la métropole, l'Église anglicane est la confession officielle. S'agissant principalement de colonies "à propriétaires", la problématique du peuplement les oblige cependant à être ouvertes aux dissidents religieux, à l'exception des catholiques.

Inversement, les colonies du centre (New-York, Pennsylvanie, Delaware, New Jersey, Maryland) sont les plus tolérantes, et accueillent volontiers les persécutés. La Pennsylvanie fondée par le quaker William Penn accueille tout le monde sans exclusive, et notamment la plupart des 120 000 luthériens et anabaptistes allemands qui se sont réfugiés en Amérique du Nord après la guerre de Trente Ans. Le Maryland (« la terre de Marie ») a été fondée pour accueillir la minorité catholique anglaise. Le Delaware, ancienne colonie suédoise, compte des luthériens scandinaves dont les Anglais ont été obligé de reconnaître la liberté de culte lors de l'annexion du territoire. Même chose dans la colonie de New York, anciennement Nouvelle-Néerlande, occupée par des réformés hollandais. Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des milliers de huguenots quittent la France pour s'installer dans plusieurs villes portuaires dont New York, Philadelphie et Charleston, où ils construisent la première église de la colonie en 1687.

.              C'est entre 1730 et 1760, que l'immigration continuant, le foisonnement confessionnel et l'influence des Lumières européennes, donnent naissance dans les Treize colonies à un sursaut religieux sans précédent.

L'arrivée massive des immigrants anabaptistes et piétistes allemands, des frères moraves tchèques, des presbytériens écossais et nord-irlandais, des huguenots français, des méthodistes et baptistes anglais notamment, enrichit progressivement le paysage religieux des colonies anglaises. C'est dans ce contexte que de grands prédicateurs itinérants (les « circuit riders »), parcourent le territoire et mobilisent par des sermons énergiques les foules. Faisant appel à l'émotion et à la conversion personnelle, plus qu'au dogme, ils mettent en branle un mouvement massif de conversions, d'activités religieuses et missionnaires (c'est à partir de cette époque que sont christianisés les Indiens et les populations noires).

Ce mouvement constitue la genèse de l'évangélisme américain. De nombreuses universités (Princeton, Brown), des écoles, des sociétés missionnaires ou encore des œuvres sociales sont alors créées. Il permet aussi et surtout l'émergence de nouvelles Églises indépendantes des Églises anglicanes et puritaines établies, dont la domination commence à être ébranlée. Ainsi, presbytériens, baptistes et méthodistes essentiellement, qui accompagnent le peuplement vers l'Ouest, connaissent un essor sans précédent, favorisant ainsi une plus grande diversité religieuse.

.              Au sein du protestantisme, la Guerre de Sécession marque un tournant : le courant évangélique nordiste, qui interprète pourtant la Bible de la même manière (principe du common sense, bon sens) que le courant sudiste, aboutit à des conclusions opposées, notamment sur l'esclavage. Cela débouche sur une séparation Nord/Sud au sein de certaines dénominations, comme en témoigne la création de la Convention baptiste du Sud, qui est aujourd'hui la principale Église évangélique américaine. Ces nouvelles confessions conduisent à l'apparition de nouveaux groupes comme les mormons, les adventistes du septième jour, les témoins de Jéhovah, les pentecôtistes ainsi que le mouvement du Social Gospel.

.              La grande famine en Irlande au milieu du XIXe siècle, provoque une immigration massive d'irlandais, qui vont former le noyau dur du catholicisme américain. Ils seront rejoints au début du XXe siècle par les immigrants Italiens et d'Europe centrale, puis aujourd'hui par les latino-américains. L’Église catholique a longtemps été marginalisée dans la société américaine, voire persécutée (par le courant nativiste, puis le Ku Klux Klan), jusqu'à l'après-guerre (le premier président de confession catholique, Kennedy, est élu en 1961). À son organisation centralisée et monarchique, perçue comme contraire aux valeurs démocratiques américaines, s'ajoutait la méfiance envers une puissance étrangère (le Vatican).

.              De nombreux Juifs européens qui fuient les pogroms, et notamment en Russie après l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881, se réfugient aux États-Unis, où leurs premières communautés s'étaient installées au XVIIIe siècle. Les persécutions antisémites en Allemagne nazie ont poussé aussi de nombreux juifs à émigrer aux États-Unis. Ces migrations sont à l'origine de la diaspora juive en Amérique, communauté la plus importante au monde, devant Israël.

.              Les États-Unis sont parfois considérés comme un pays puritain. L’histoire des États-Unis montre cependant que les mœurs de la population américaine se sont souvent libéralisées avant la France (pour le droit de vote des femmes et la légalisation de l’avortement, par exemple). Dès les années 1960, le mouvement hippie a contesté les valeurs bourgeoises. Le taux de divorce y est aussi l’un des plus élevés du monde.

Cependant, il est noté, depuis les années 1950, un certain regain des conceptions conservatrices et notamment fondamentalistes, qui se repèrent dans les débats contemporains sur la prière à l'école, l'avortement, ou encore le combat scolaire qui vise à imposer le créationnisme (« Intelligent Design »). D'une manière générale, les chrétiens conservateurs font un intense lobbying auprès des décideurs politiques. L'ex-président George W. Bush, méthodiste « born again » mais qui n'est pas membre d'une église évangélique, a été considéré comme le porte-parole de ces conceptions politico-religieuses. Il est généralement admis que les protestants blancs (appelés aussi WASP, «White anglo-saxon protestants») et plus particulièrement les évangéliques, votent massivement en faveur du Parti républicain, alors que les minorités religieuses (catholiques et juifs, surtout), sont plus proches du Parti démocrate.

.              Malgré la croissance de la population, notamment due à l’immigration, qui a augmenté la population américaine de près de 50 millions d’adultes en une vingtaine d’années, presque toutes les dénominations religieuses ont perdu du terrain depuis 1990.

Par contre, le pourcentage des musulmans, qui a doublé, passant de 0,3% à 0,6%, devrait être pris avec précaution, notent les analystes, les gens préférant ne pas se profiler, craignant des réactions négatives.

Près de 2,8 millions de personnes se signalent comme membres de dizaines de nouveaux mouvements religieux, qui s’appellent eux-mêmes "Wiccans", païens ou "spiritualistes".

Les personnes qui disent n’appartenir à aucune confession progressent et sont désormais 15% de la population américaine, qui passe habituellement pour très religieuse. La majeure partie de la croissance de la population chrétienne vient de personnes qui s’identifient eux-mêmes seulement comme chrétiens ou évangéliques "born again" ("chrétiens nés une seconde fois").

.              D'après une étude réalisée en 2007 par le Pew Research Center, près de 84 % des Américains seraient croyants, et environ 39 % assisteraient au service religieux chaque dimanche, ce qui constitue un taux de participation bien plus élevé que dans les autres pays occidentaux. 56 % considèrent la foi comme quelque chose de très important dans leur vie. Ils sont le même pourcentage à déclarer avoir prié les jours précédant l'enquête. Inversement, seulement 4 % sont athées ou agnostiques, parmi un ensemble plus large de 16 % d'Américains qui ne déclarent pas de religion spécifique.

"Mais l'identité religieuse est mouvante aux États-Unis. Chaque Américain change trois fois d'Église en moyenne au cours de son existence (surtout au sein du monde protestant, très concurrentiel). L'appartenance à une Église est une chose courante et signifie appartenir à une communauté, recevoir de l'aide en cas de besoin. Sur les 250 milliards de dollars de dons annuels que font les Américains aux associations à but non lucratif 36 % sont affectés aux différentes Églises.

D’après une autre étude de 2008, 75 % des Américains (contre 21 % des Français) déclarent avoir lu au moins un passage de la Bible au cours de l’année passée. Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 7 % des Américains. 13 % des Américains disent ne jamais prier contre 49 % des Français."

.              Depuis l'après-guerre, le protestantisme de tendance évangélique, qui compte quelques groupes extrémistes (fondamentalistes), est de plus en plus actif au niveau politique et social. Il comprend notamment les fameux Born Again (« nés de nouveau », dans le sens de nouveau éveillés à la foi). Représentés surtout au sein des congrégations baptistes, méthodistes, pentecôtistes et indépendantes, plus une partie des Églises noires, ils sont désormais majoritaires parmi les protestants, avec 25 à 30 % de la population totale, selon les estimations. Le Sud des États-Unis, appelé aussi la « Bible Belt » (« ceinture de la Bible ») constitue leur bastion. Ces Églises très dynamiques usent des moyens de communication modernes, comme l'attestent l'influence des célèbres télévangélistes (comme Billy Graham) ou des MegaChurches. La Lakewood Church du pasteur texan Joel Osteen rassemble par exemple plus de 43 000 fidèles chaque semaine.

La religion et les Etats-Unis

Religions et croyances

"La Constitution américaine prévoit la séparation entre l'Etat et la religion. En effet, le premier amendement proclame la liberté de croire et de pratiquer la religion de leur choix pour les citoyens des Etats-Unis donnant ainsi à l'Etat le devoir de ne pas se prononcer en faveur d'une religion.

.              Pourtant, une entorse au principe de séparation est déjà commise dès l'origine : la constitution est basée sur les 10 commandements de l'Ancien Testament. Encore en amont dans l'Histoire des Etats-Unis, la Déclaration d'Indépendance, proclamée en 1776 inclus le rôle « du Dieu de la nature » dans la légitimité du peuple américain à l'Indépendance. Pour les rédacteurs, les treize colonies ont le devoir de gagner leur indépendance car ils ont le soutien du “Créateur” :"

Ainsi, les colons se dotent déjà d'un sentiment de supériorité nationale vis à vis des autres nations mondiales en se montrant sous la protection divine dans un contexte où la religion joue un grand rôle politique en Europe.

.              Ce rapport à la religion se remarque encore par l'importance pour les candidats à la présidentielle lors des campagnes électorales de marquer leur attachement à la communauté chrétienne. Cependant, la religion n'est déterminante que pour la première partie des élections; seuls les Etats du Sud y restent réellement sensible par la suite. Un autre et non moindre aspect des liens directs à la politique est la présence officielle de Dieu dans des serments tels que celui d'Investiture et celui d'allégeance au drapeau. Ce dernier représente même l'Etat … en dessous de Dieu.

Mais si le président prête serment sur la Bible depuis George Washington, les autres renvois à Dieu datent de la Guerre froide, où il s'agissait de montrer son opposition à l'Union Soviétique athée. Ainsi, la référence « One Nation under God » a été ajoutée au serment d'allégeance en 1954 ; la devise « In God We Trust » (« En Dieu nous croyons » qui figure sur la monnaie, date, elle, de 1956 ; de même que le National Day of Prayer (Jour National de prière) le premier jeudi de mai, créé la même année.

.              La religiosité américaine, structurée à l'origine par un protestantisme dominant, mais diversifié, se manifeste par une grande variété confessionnelle et un dynamisme des Églises qui sont expliqués par l'histoire du pays, terre de refuge qui a su très tôt garantir une large liberté religieuse.

.              Dès le XVIIe siècle, les colonies anglaises d'Amérique offraient l'asile à ceux qui voulaient fuir l'intolérance religieuse en Europe, mais à des degrés divers.

En Nouvelle-Angleterre, les puritains, héritiers des Pères pèlerins débarqués en 1620 veulent fonder ici une Nouvelle Jérusalem. Ils créent Boston l'une des capitales intellectuelles des colonies anglaises, où des théologiens de renom comme Increase Mather sont formés à Harvard, université fondée par les puritains en 1637. Par contre, ils tolèrent peu les contestataires qui remettent en cause le projet politique de leur colonie du Massachusetts. La quaker Mary Dyer fut ainsi exécutée à Boston en 1660 (le procès des Sorcières de Salem est aussi un exemple de cas de paranoïa puritaine). C'est pourquoi des dissidents, comme le théologien baptiste Roger Williams, partent pour fonder de nouvelles colonies comme le Rhode Island ou encore le Connecticut.

Dans les colonies esclavagistes du Sud (Virginie, les deux Caroline, Géorgie), les colons ont reproduit une société aristocratique à l'anglaise, où à l'image de la métropole, l'Église anglicane est la confession officielle. S'agissant principalement de colonies "à propriétaires", la problématique du peuplement les oblige cependant à être ouvertes aux dissidents religieux, à l'exception des catholiques.

Inversement, les colonies du centre (New-York, Pennsylvanie, Delaware, New Jersey, Maryland) sont les plus tolérantes, et accueillent volontiers les persécutés. La Pennsylvanie fondée par le quaker William Penn accueille tout le monde sans exclusive, et notamment la plupart des 120 000 luthériens et anabaptistes allemands qui se sont réfugiés en Amérique du Nord après la guerre de Trente Ans. Le Maryland (« la terre de Marie ») a été fondée pour accueillir la minorité catholique anglaise. Le Delaware, ancienne colonie suédoise, compte des luthériens scandinaves dont les Anglais ont été obligé de reconnaître la liberté de culte lors de l'annexion du territoire. Même chose dans la colonie de New York, anciennement Nouvelle-Néerlande, occupée par des réformés hollandais. Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des milliers de huguenots quittent la France pour s'installer dans plusieurs villes portuaires dont New York, Philadelphie et Charleston, où ils construisent la première église de la colonie en 1687.

.              C'est entre 1730 et 1760, que l'immigration continuant, le foisonnement confessionnel et l'influence des Lumières européennes, donnent naissance dans les Treize colonies à un sursaut religieux sans précédent.

L'arrivée massive des immigrants anabaptistes et piétistes allemands, des frères moraves tchèques, des presbytériens écossais et nord-irlandais, des huguenots français, des méthodistes et baptistes anglais notamment, enrichit progressivement le paysage religieux des colonies anglaises. C'est dans ce contexte que de grands prédicateurs itinérants (les « circuit riders »), parcourent le territoire et mobilisent par des sermons énergiques les foules. Faisant appel à l'émotion et à la conversion personnelle, plus qu'au dogme, ils mettent en branle un mouvement massif de conversions, d'activités religieuses et missionnaires (c'est à partir de cette époque que sont christianisés les Indiens et les populations noires).

Ce mouvement constitue la genèse de l'évangélisme américain. De nombreuses universités (Princeton, Brown), des écoles, des sociétés missionnaires ou encore des œuvres sociales sont alors créées. Il permet aussi et surtout l'émergence de nouvelles Églises indépendantes des Églises anglicanes et puritaines établies, dont la domination commence à être ébranlée. Ainsi, presbytériens, baptistes et méthodistes essentiellement, qui accompagnent le peuplement vers l'Ouest, connaissent un essor sans précédent, favorisant ainsi une plus grande diversité religieuse.

.              Au sein du protestantisme, la Guerre de Sécession marque un tournant : le courant évangélique nordiste, qui interprète pourtant la Bible de la même manière (principe du common sense, bon sens) que le courant sudiste, aboutit à des conclusions opposées, notamment sur l'esclavage. Cela débouche sur une séparation Nord/Sud au sein de certaines dénominations, comme en témoigne la création de la Convention baptiste du Sud, qui est aujourd'hui la principale Église évangélique américaine. Ces nouvelles confessions conduisent à l'apparition de nouveaux groupes comme les mormons, les adventistes du septième jour, les témoins de Jéhovah, les pentecôtistes ainsi que le mouvement du Social Gospel.

.              La grande famine en Irlande au milieu du XIXe siècle, provoque une immigration massive d'irlandais, qui vont former le noyau dur du catholicisme américain. Ils seront rejoints au début du XXe siècle par les immigrants Italiens et d'Europe centrale, puis aujourd'hui par les latino-américains. L’Église catholique a longtemps été marginalisée dans la société américaine, voire persécutée (par le courant nativiste, puis le Ku Klux Klan), jusqu'à l'après-guerre (le premier président de confession catholique, Kennedy, est élu en 1961). À son organisation centralisée et monarchique, perçue comme contraire aux valeurs démocratiques américaines, s'ajoutait la méfiance envers une puissance étrangère (le Vatican).

.              De nombreux Juifs européens qui fuient les pogroms, et notamment en Russie après l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881, se réfugient aux États-Unis, où leurs premières communautés s'étaient installées au XVIIIe siècle. Les persécutions antisémites en Allemagne nazie ont poussé aussi de nombreux juifs à émigrer aux États-Unis. Ces migrations sont à l'origine de la diaspora juive en Amérique, communauté la plus importante au monde, devant Israël.

.              Les États-Unis sont parfois considérés comme un pays puritain. L’histoire des États-Unis montre cependant que les mœurs de la population américaine se sont souvent libéralisées avant la France (pour le droit de vote des femmes et la légalisation de l’avortement, par exemple). Dès les années 1960, le mouvement hippie a contesté les valeurs bourgeoises. Le taux de divorce y est aussi l’un des plus élevés du monde.

Cependant, il est noté, depuis les années 1950, un certain regain des conceptions conservatrices et notamment fondamentalistes, qui se repèrent dans les débats contemporains sur la prière à l'école, l'avortement, ou encore le combat scolaire qui vise à imposer le créationnisme (« Intelligent Design »). D'une manière générale, les chrétiens conservateurs font un intense lobbying auprès des décideurs politiques. L'ex-président George W. Bush, méthodiste « born again » mais qui n'est pas membre d'une église évangélique, a été considéré comme le porte-parole de ces conceptions politico-religieuses. Il est généralement admis que les protestants blancs (appelés aussi WASP, «White anglo-saxon protestants») et plus particulièrement les évangéliques, votent massivement en faveur du Parti républicain, alors que les minorités religieuses (catholiques et juifs, surtout), sont plus proches du Parti démocrate.

Le Routard

Les Américains continuent d'accorder un rôle essentiel à la religion dans la vie sociale et politique de leur pays.

.            Depuis l'école jusqu’au serment du président sur la Bible, la religion s'immisce dans tous les aspects de la vie civile. … L’explosion de la visibilité permet aux sectes, même mineures, de s’épanouir. La population est en prise directe et permanente avec le contenu religieux. Une grande majorité d'Américains est affiliée à une paroisse, et le choix de résidence est souvent assujetti à l'emplacement d'un lieu de culte.

Le phénomène des « mega-churches » est un exemple probant de l'instrumentalisation de la religion au service des idéaux libéraux. Ces établissements conceptuels du « tout religieux » dépassent largement le cadre du simple lieu de culte. On y trouve des garderies, des bibliothèques, des salles de spectacle et des terrains de sport. Tout a été pensé pour le confort intellectuel du croyant, ce qui incite les familles à venir y passer leur temps libre.

Les religions aux États-Unis en chiffres

.            Sur les 80 % d'Américains qui se déclaraient croyants en 2012, on comptait environ 47 % de protestants, 21 % de catholiques, 1,9 % de juifs, 1,6 % de mormons, 0,7 % de bouddhistes, autant de Témoins de Jéhovah et 0,9 % de musulmans.

À noter que les musulmans connaissent proportionnellement la plus forte progression de ces dernières années, et que chaque année, environ 60 000 Hispaniques, à l'origine catholiques, quittent leur religion pour embrasser une des Églises évangéliques, lesquelles ont connu une croissance importante depuis les années 1970.

.              Malgré la croissance de la population, notamment due à l’immigration, qui a augmenté la population américaine de près de 50 millions d’adultes en une vingtaine d’années, presque toutes les dénominations religieuses ont perdu du terrain depuis 1990.

Par contre, le pourcentage des musulmans, qui a doublé, passant de 0,3% à 0,6%, devrait être pris avec précaution, notent les analystes, les gens préférant ne pas se profiler, craignant des réactions négatives.

Près de 2,8 millions de personnes se signalent comme membres de dizaines de nouveaux mouvements religieux, qui s’appellent eux-mêmes "Wiccans", païens ou "spiritualistes".

Les personnes qui disent n’appartenir à aucune confession progressent et sont désormais 15% de la population américaine, qui passe habituellement pour très religieuse. La majeure partie de la croissance de la population chrétienne vient de personnes qui s’identifient eux-mêmes seulement comme chrétiens ou évangéliques "born again" ("chrétiens nés une seconde fois").

.              D'après une étude réalisée en 2007 par le Pew Research Center, près de 84 % des Américains seraient croyants, et environ 39 % assisteraient au service religieux chaque dimanche, ce qui constitue un taux de participation bien plus élevé que dans les autres pays occidentaux. 56 % considèrent la foi comme quelque chose de très important dans leur vie. Ils sont le même pourcentage à déclarer avoir prié les jours précédant l'enquête. Inversement, seulement 4 % sont athées ou agnostiques, parmi un ensemble plus large de 16 % d'Américains qui ne déclarent pas de religion spécifique.

"Mais l'identité religieuse est mouvante aux États-Unis. Chaque Américain change trois fois d'Église en moyenne au cours de son existence (surtout au sein du monde protestant, très concurrentiel). L'appartenance à une Église est une chose courante et signifie appartenir à une communauté, recevoir de l'aide en cas de besoin. Sur les 250 milliards de dollars de dons annuels que font les Américains aux associations à but non lucratif 36 % sont affectés aux différentes Églises.

D’après une autre étude de 2008, 75 % des Américains (contre 21 % des Français) déclarent avoir lu au moins un passage de la Bible au cours de l’année passée. Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 7 % des Américains. 13 % des Américains disent ne jamais prier contre 49 % des Français."

.              Depuis l'après-guerre, le protestantisme de tendance évangélique, qui compte quelques groupes extrémistes (fondamentalistes), est de plus en plus actif au niveau politique et social. Il comprend notamment les fameux Born Again (« nés de nouveau », dans le sens de nouveau éveillés à la foi). Représentés surtout au sein des congrégations baptistes, méthodistes, pentecôtistes et indépendantes, plus une partie des Églises noires, ils sont désormais majoritaires parmi les protestants, avec 25 à 30 % de la population totale, selon les estimations. Le Sud des États-Unis, appelé aussi la « Bible Belt » (« ceinture de la Bible ») constitue leur bastion. Ces Églises très dynamiques usent des moyens de communication modernes, comme l'attestent l'influence des célèbres télévangélistes (comme Billy Graham) ou des MegaChurches. La Lakewood Church du pasteur texan Joel Osteen rassemble par exemple plus de 43 000 fidèles chaque semaine.

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Société américaine et religion

Wikipedia

Les États-Unis sont parfois considérés comme un pays restant attaché à des valeurs puritaines, surtout de par l'image que donnent certaines productions culturelles, notamment des séries télévisées moralisatrices (La Petite Maison dans la prairie, Sept à la maison, etc.) ou des affaires comme le scandale du Nipplegate (sur le sein de Janet Jackson au Super Bowl).

.            Jusqu'au milieu du XXe siècle, ces valeurs sont présentes dans une société qui se veut libérale, en réaction avec l'oppression britannique et la non-liberté d'exercice de la religion perçue comme étant un des traits de l'Europe. Les mœurs de la population américaine se sont dès lors à plusieurs reprises libéralisées avant d'autres pays occidentaux ; ainsi, le droit de vote des femmes dans l'état du Wyoming date du milieu du XIXe siècle.

Dès les années 1960, le mouvement hippie a contesté les valeurs bourgeoises. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires des films pornographiques aux États-Unis est comparable à celui d’Hollywood. Le taux de divorce y est aussi l’un des plus élevés du monde.

.            Cependant, depuis les années 1950, un certain regain des conceptions conservatrices et notamment fondamentalistes se repèrent dans les débats contemporains sur la prière à l'école, l'avortement, ou encore le combat scolaire qui vise à imposer le créationnisme (« Intelligent Design ») contre la conception darwiniste de la sélection naturelle, pour expliquer l'apparition de l'Homme sur Terre. D'une manière générale, les chrétiens conservateurs, représentés notamment au sein de la Christian Coalition of America, font un intense lobbying auprès des décideurs politiques. L'ex-président George W. Bush, méthodiste « born again » mais qui n'est pas membre d'une église évangélique, a été considéré comme le porte-parole de ces conceptions politico-religieuses.

.            Les résultats électoraux montrent que les protestants blancs (appelés aussi White anglo-saxon protestants –WASP-) et plus particulièrement les évangéliques, votent massivement en faveur du Parti républicain, alors que les minorités religieuses (catholiques et juifs, surtout), sont plus proches du Parti démocrate.

L'influence protestante reste dominante dans le champ social aux États-Unis : tous les présidents étaient protestants, à l'exception du catholique John Fitzgerald Kennedy. L'actuel président Donald Trump est un protestant presbytérien.

Religion et politique aux États-Unis

Télos - Gérard Grunberg - 19 nov 2015

.            Les attitudes religieuses et politiques sont historiquement corrélées dans la plupart des pays occidentaux. La nouvelle enquête de Pew Research Center permet de mesurer l’ampleur de cette corrélation et son évolution aux Etats-Unis. Dans ce pays, cette corrélation demeure très forte et elle a même eu tendance à s’accroître dans la période récente, c’est-à-dire entre 2015 et l’enquête précédente menée en 2006.

.            Tandis qu’aujourd’hui 37% de l’ensemble des personnes interrogées se disent proches des Républicains et 44% proches des Démocrates, ces proportions sont respectivement de 43% et 40% chez les chrétiens de 22% et 64% chez les juifs, de 11% et 63% chez les musulmans et de 22% et 55% chez les personnes sans religion. L’écart entre les personnes de confession chrétienne et les autres est essentiellement dû aux protestants évangélistes, les catholiques se situant, eux, dans la moyenne de l’échantillon.

.            De telles différences se retrouvent à propos des attitudes à l’égard de la conception du rôle de l’Etat. Les enquêtés étant incités à choisir entre un Etat plus développé offrant plus de services et un Etat moins développé offrant moins de services, ce sont les évangélistes qui créent la polarisation avec le reste de la population, étant particulièrement hostiles à un Etat actif dans le champ social. Or, non seulement ce groupe est l’un des plus hostiles à ce type d’Etat mais encore il est l’un de ceux où, entre 2006 et 2015, cette hostilité a le plus fortement augmenté (de 16 points contre 7 pour l’ensemble des Américains). C’est cette radicalisation des évangélistes, mais aussi des mormons et des orthodoxes, qui explique l’augmentation de la polarisation politique entre les Républicains et les Démocrates dans cette période. Ainsi, tandis que le choix pour un Etat peu actif dans le domaine social a augmenté de 17 points chez les Républicains, il n’a augmenté que d’un point chez les Démocrates.

Nous trouvons confirmation de ce clivage de nature religieuse à propos de l’aide gouvernementale aux plus pauvres. Les différences entre les groupes sont du même ordre que vu précédemment avec une polarisation entre des évangélistes majoritairement hostiles à une telle aide et les non chrétiens largement favorables. Cette polarisation ne concerne pas uniquement la politique sociale. Elle s’étend également à la question de l’opportunité des régulations en matière d’environnement. Seuls les évangélistes y sont opposés dans leur majorité, les athées y étant les plus favorables. Du coup, la polarisation entre Républicains et Démocrates s’accroît fortement. Ainsi, tandis que le soutien aux régulations environnementales chute de treize points chez les Républicains, il augmente de trois chez les Démocrates (72% contre 39%).

On retrouve une telle corrélation à propos des attitudes à l’égard de l’accroissement de l’immigration. Tandis que les évangélistes sont partagés sur la question de savoir si cette augmentation est une bonne chose ou pas, les autres groupes sont clairement favorables à l’immigration.

On ne s’étonnera pas de constater que ce clivage entre les évangélistes et les autres groupes est particulièrement net à propos de la question du rapport entre science et religion. Seuls les évangélistes n’adhèrent pas à la théorie de l’évolution. Pour eux, la vérité sur la création du monde demeure celle inscrite dans la Bible.

Il est intéressant de constater que ce phénomène d’accroissement de la polarisation en fonction des attitudes religieuses ne concerne pas les valeurs du libéralisme culturel. Si, par exemple, les catholiques, les juifs et les athées demeurent nettement plus nombreux que les évangélistes et les musulmans à estimer que l’homosexualité devrait être acceptée dans la société, cette acceptation progresse néanmoins fortement dans tous les groupes. De même, mais en sens contraire, on ne mesure d’augmentation significative des opinions favorables à la légalisation totale de l’avortement dans aucun des groupes.

.            La polarisation politique actuelle aux Etats-Unis étant largement liée à la diversité des affiliations religieuses, il convient de s’interroger sur les changements démographiques qui ont pu affecter les différents groupes pour tenter de prévoir l’évolution à venir du rapport des forces politiques dans ce pays. Les évolutions mesurées entre les deux enquêtes sont ici du plus grand intérêt. Rappelons d’abord que les Etats-Unis sont l’un des pays occidentaux où l’affiliation des citoyens à une religion est la plus générale. 77% déclarent aujourd’hui une affiliation religieuse et 80% déclarent qu’ils croient en Dieu. Cependant, en l’espace d’une dizaine d’années s’est produite une baisse de six points des personnes ayant une affiliation religieuse. L’essentiel de cette baisse s’explique presqu’uniquement par le processus du renouvellement des générations. Une analyse de cohortes montre en effet que la proportion des personnes qui se rattachent à une religion, par leurs attitudes et leurs comportements, diminue régulièrement des générations plus anciennes au plus jeunes. Prenons l’exemple de la prière quotidienne: 67% des membres de la génération la plus ancienne prient tous les jours contre 39% de ceux de la génération la plus jeune. Nous retrouvons les mêmes écarts entre les différentes générations à propos de l’assistance à l’office religieux chaque semaine ou de l’affirmation selon laquelle la religion sert de boussole pour juger du bien et du mal ou bien qu’elle représente quelque chose d’important dans la vie de la personne interrogée. Nul doute qu’est ici à l’œuvre une lente mais véritable mutation de la société américaine. Néanmoins, cette baisse des pratiques religieuses ou du besoin de religion ne va pas jusqu’à s’accompagner d’une baisse significative de la croyance en Dieu… ou à l’Enfer. Si les générations les plus âgées sont massivement croyantes (92%), les plus jeunes le sont presque autant (82%). Et ces dernières croient autant à l’Enfer que les plus anciennes (56%). Comme si l’éloignement de la religion se traduisait d’abord par l’abandon des pratiques et le moindre besoin personnel de la religion et non pas par le rejet de la croyance elle-même. Nonobstant, il apparaît bien qu’il existe une tendance historique à l’affaiblissement de la religiosité au sein de la société américaine comme dans les autres sociétés occidentales, même si l’immense masse des Américains demeure croyante.

.            La diminution des personnes ayant une affiliation religieuse a des implications directes sur l’évolution de la composition des sympathisants du Parti démocrate. Pour la première fois, les personnes sans affiliation religieuse y constituent le groupe le plus important (28%). En revanche, chez les sympathisants républicains, les Evangélistes demeurent le groupe le plus nombreux (38%). C’est donc l’opposition entre ces deux groupes, non affiliés et évangélistes qui structure de manière croissante la polarisation politique actuelle aux Etats-Unis. .
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États-Unis: la religion de retour en politique ?

Le Figaro – 04 mai 2017 

.            Le président des Etats-Unis Donald Trump publie aujourd'hui jeudi, un décret facilitant l'implication des groupes religieux dans la vie politique.

Le décret vise à contourner une disposition fiscale nommée l'amendement Johnson, du nom de l'ancien président des Etats-Unis Lyndon Johnson (1963-1969), et à "protéger et promouvoir vigoureusement la liberté religieuse". Cet amendement, qui date de 1954, permet d'exempter d'impôts les associations à but non lucratif, dont les Eglises, à condition qu'elles ne participent pas à des campagnes politiques.

.            Cette annonce intervient le premier jeudi de mai, qui correspond aux Etats-Unis à la journée nationale de la prière instituée en 1952 sous le président Harry Truman (1945-1953).

.            Ce changement doit aussi permettre à des propriétaires d'entreprises d'agir plus facilement en conformité avec leurs croyances religieuses, comme par exemple refuser de financer la prise en charge de la contraception de leurs employés.

L'administration de l'ancien président Barack Obama (2009-2017) avait en effet prévu, dans sa loi sur l'assurance maladie, que toutes les entreprises commerciales prennent en charge des moyens de contraception.

Mais en 2014, la Cour suprême des Etats-Unis avait jugé que la liberté de religion s'appliquait aussi aux entreprises. La Haute Cour avait alors donné raison à la chaîne familiale de matériels d'arts créatifs Hobby Lobby et à sa librairie religieuse Mardel, ainsi qu'à une petite entreprise de fabrication de placards, Conestoga, qui refusaient, au nom de leurs convictions religieuses, de se conformer à la loi Obama sur l'assurance santé en ce qui concerne quatre moyens de contraception: deux pilules du lendemain et deux types de stérilet, qu'elles assimilent à un avortement.

Des militants LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) craignent pour leur part que l'administration Trump s'en prennent aux droits des minorités sexuelles.
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L'imposant conseil évangélique de Donald Trump !

Le Figaro - Nicolas Certes – 08 nov 2017

Ils travaillent dans l'ombre et ne sont pas tous connus des Américains. Paula White, Kenneth Copeland, Michele Bachmann, Robert Jeffress et 20 autres personnes font partie d‘un cercle restreint qui conseille Donald Trump en matière de religion, mais pas seulement.

.            En août dernier, le pasteur Robert Jeffress déclarait que «Dieu a donné à Trump le pouvoir d'éliminer Kim Jong-un.» Quelques mois plus tard, après l'attentat de Las Vegas, la pasteur Paula White qualifiait cet acte de «purement maléfique» et rappelait que «Dieu est proche de ceux qui ont le cœur brisé». Termes issus mots pour mots d'un discours de Donald Trump. Le point commun entre ces deux personnalités? Elles font partie du conseil évangélique consultatif du président. Paula White est même considérée comme sa principale conseillère spirituelle.

Mais Jeffress et White ne sont pas les seuls. En tout, 24 personnes forment l'evangelical advisory board du président américain. Et il n'est pas composé que de pasteurs. Des personnalités politiques comme l'ancienne candidate à la primaire républicaine Michele Bachmann, des auteurs, des avocats entourent le président. Mais tous se retrouvent dans la foi. En témoigne ce moment de recueillement capturé et tweeté en juillet dernier par un autre membre du conseil évangélique, Johnnie Moore, un consultant religieux auquel plusieurs présidents des États-Unis ont déjà fait appel. Quelques membres de ce cercle sont présents sur la photo qui a été beaucoup détournée par la twittosphère.

Johnnie Moore : “Such an honor to pray within the Oval Office”

.            Qu'un président ou même un homme politique s'entoure de conseillers spirituels n'a rien de nouveau aux États-Unis. Les démocrates, y compris Barack Obama, l'ont fait. Mais Trump est le premier président américain à s'entourer d'autant de conseillers religieux. «C'est un peu un Inventaire à la Prévert» note Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire, spécialiste de la politique des États-Unis. Il précise que Trump s'inscrit ainsi dans la lignée du 40e président des États-Unis, Ronald Reagan. «Pendant ses huit ans à la Maison-Blanche, il avait de très nombreux conseillers spirituels pour l'aider à faire une politique guidée par Dieu. [...] C'est avec Reagan que se produit cette remise en tension du religieux dans le politique. Depuis, l'influence des évangéliques n'a cessé de croître dans le champ politique. Et Trump, paradoxalement aujourd'hui, renforce cette évolution.»

Le professeur agrégé insiste sur le fait que toutes ces personnalités sont de «grandes figures de l'évangélisme blanc conservateur». Tous se positionnent contre l'avortement et contre le mariage entre personnes de même sexe, avec plus ou moins de virulence : Michele Bachmann, avant de se lancer en politique, avait ainsi fondé avec son mari une clinique chrétienne qui cherchait à soigner l'homosexualité.

Echange de bons procédés

.            Ce conseil religieux est purement informel. «On ne sait d'ailleurs pas très bien quand il se réunit», note Corentin Sellin. Tous les conseillers peuvent être sollicités par le président sur des sujets comme «comment réagir au moment d'attentats». Mais les déclarations de Robert Jeffress sur la Corée du Nord montrent que Trump peut aussi solliciter son conseil religieux sur des questions diplomatiques. Et beaucoup étaient opposés à l'Obamacare avant que les procédures pour abroger cette loi ne soient engagées. Mais les 24 évangéliques n'ont aucun pouvoir décisionnel.

Donald Trump avait mis en place ce comité en mai 2016, alors qu'il était en bonne voie pour remporter la primaire républicaine et juste avant une rencontre avec les chefs évangéliques républicains. Ces derniers voulaient tester ses valeurs chrétiennes. Car bien que son colistier et aujourd'hui vice-président, Mike Pence, soit lui-même évangélique, Donald Trump est presbytérien. Et le président n'est pas spécialement connu pour ses valeurs chrétiennes républicaines, après trois divorces, une couverture dans Playboy et … un passage chez les démocrates ... «Pour Trump, être entouré de toutes ces figures, c'est se crédibiliser», explique Corentin Sellin. C'est dire à cette droite: “Je suis vraiment de votre côté”» Et ça a fonctionné puisque 81% des évangéliques ont voté pour Donald Trump à l'élection présidentielle.

.            La moitié de ces conseillers occupe la fonction de pasteur. Plusieurs sont télévangélistes, ils animent des émissions de télévision et prêchent dans des mega-churches, des super-églises pouvant rassembler des milliers de personnes. Bien que ce ne soit pas forcément le cas de tous les télévangélistes, certains - comme Kenneth Copeland, membre du conseil évangélique - véhiculent l'idée que donner de l'argent à leurs œuvres apportera une bénédiction de Dieu.

Ces personnalités gèrent avant tout une entreprise et sont des hommes et femmes d'affaires. «Et donc commercialement, être à la Maison-Blanche, c'est un argument de vente, insiste le spécialiste. Et d'autre part, c'est la garantie d'avoir un accès direct au pouvoir central et l'espoir d'influencer les décisions de Donald Trump.» Faire partie du conseil religieux du président est finalement un échange de bons procédés où chacun est gagnant. Les grands noms comme les inconnus en perte de vitesse bénéficient d'un tremplin doré. Le 20 octobre 2017, Donald Trump a par exemple fait la publicité du nouveau livre de son conseiller Robert Jeffress via Twitter.